dimanche 24 juin 2012

Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur...

Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur...
C'est par ses mots que commençait l'émission Au -delà du réel (The Outer Limits). 

 © Metro Goldwyn Mayer

Produite de 1963 à 1965 pour la chaine ABC, Au-delà du réel était une série de science-fiction sans personnage récurrent, une anthologie de récits indépendants destinés à concurrencer The Twilight Zone (la Quatrième dimension), série vedette de CBS. Dans les années 70, elle fut proposée au téléspectateur français dans le cadre de la mythique série La Une est à Vous. 

Chaque épisode reposait sur la présence d'un "monstre", un effet spécial censé impressionner le téléspectateur... de l'époque. Néanmoins, la série bénéficiait aussi de textes de qualité et d'une réalisation soignée, ainsi l'épisode Demon with a glass hand (La main de verre) était signé Harlan Ellison (Dangereuses Visions) pour le scénario et Byron Haskin (La Guerre des Mondes) pour la mise en images.

© Metro Goldwyn Mayer

Le synopsis : un homme (Robert Culp - futur interprète de la série Les Espions au côté de Bill Cosby) erre seul dans une grande métropole nord-américaine (probablement New-York mais ce n'est jamais précisé.) Il est amnésique et ne se souvient que de son nom, Trent, il est amputé d'une main, remplacée par une prothèse électronique, et il est poursuivi par des tueurs aux yeux cernés de noirs. 

Ces derniers sont en réalité des aliens venus d'un futur lointain, tout comme lui. En effet, la Main de Verre est un cerveau électronique dans lequel est concentré tout le savoir de l'humanité future. Elle est cependant incomplète : chaque doigt est un élément indispensable pour compléter le circuit or trois d'entre-eux sont en possession des Kybens, les aliens hostiles qui convoitent aussi la Main de Verre. Il s'avère que ceux-ci ont vaincu les hommes du futur et que Trent est - pour des raisons que la Main ne pourra lui expliquer qu'une fois complétée - le dernier espoir de l'humanité qui l'a envoyé dans le passé. 

L'affrontement décisif se déroule dans un immeuble isolé de l'extérieur par un écran de force. Les Kybens y ont installé un Miroir qui leur permet de voyager dans le temps - mais uniquement du futur vers le passé. A notre époque, ils sont vulnérables : si on leur arrache leur collier d'or, il se désintègrent, renvoyés dans le futur.
Ce combat impitoyable aura un témoin inattendu, Consuelo, une terrienne du 20ème siècle enfermée dans le building à l'insu des Kyben, et que Trent s'efforce de protéger.

Il s'agit-là d'un épisode de grande qualité, sûrement la perle de la saison 2 (1964-1965). Le récit est un récit de science-fiction qui intègre les éléments du genre policier et qui est raconté du point de vue du héros. 
En effet, comme celui-ci est à la recherche de sa mémoire, le spectateur découvre les éléments de l'intrigue en même temps que lui. Il enquête donc sur le secret dont il est porteur, recherche des éléments qui doivent compléter sa source d'information et doit découvrir où  les envahisseurs dissimulent le point d'accès à notre monde. Ces derniers, quant à eux, délaissent l'arsenal technologique au profit des armes à feu, plus réalistes, et parviennent à enfermer leur proie dans un espace confiné, isolé d'un extérieur où la vie se poursuit comme à l'ordinaire. Le témoin innocent, Consuelo, que Trent doit protéger ajoute un enjeu supplémentaire et renforce l'adhésion du téléspectateur jusqu'à la révélation finale qui explique la référence à l'immortalité ouvrant l'épisode.

La série a été réalisée en noir et blanc mais les choix esthétiques permettent de compenser l'absence de couleurs. Les éclairages créent une ambiance expressionniste : ombres portées, reflets de silhouettes à travers les vitres dépolies, lumière trouble dans laquelle se dissolvent les Kybens... Les maquillages, bien que sommaires (des cernes noirs autour des yeux) renforcent cette atmosphère de carnaval macabre. L'épisode est, en effet, assez violent (morts par balle, chute dans le vide, strangulations/décapitations sublimées par les colliers arrachés...) et rythmé par une musique sobre, des percussions jouées au piano, ce qui ajoute à l'efficacité de la mise en scène.

Difficile de ne pas penser à Blade Runner lorsqu'on regarde ce piège vertical dans lequel se débat le héros. A redécouvrir, donc.