lundi 30 juillet 2012

L'Hiver du dessinateur.


Très bon album de Paco Roca (catégorie, "roman graphique" donc même ceux qui ont honte de lire de la "bédé" peuvent le lire) qui retrace la tentative de cinq dessinateurs de talent de lancer une revue de bandes dessinées "autogérée" dans l'Espagne franquiste.

En 1957, le pays se remet de la Guerre civile et découvre la société de consommation. Mais la dictature s'exerce pesamment sur la vie quotidienne des Espagnols. La presse, même (surtout) enfantine, est censurée.
Être dessinateur chez l'Editorial Bruguera, qui tire jusqu'à un million d'exemplaires par semaine, c'est être assuré d'avoir des revenus modestes mais réguliers. 
Par contre, il faut accepter d'être payé à la tâche, d'abandonner ses planches et ses droits sur les personnages et d'illustrer des histoires soigneusement calibrées et surveillées par l'œil inquisiteur de Raphaël Gonzales, le directeur, qui annote les planches de ses collaborateurs avec un crayon rouge.
Las de ce régime, cinq dessinateurs, et non des moindres (Cifré, Conti, Giner, Escobar et Peñarroya, dessinateurs réalistes ou humoristiques), décident de lancer leur propre magazine, Tio Vivo, dont ils seront les propriétaires et les gestionnaires. 
L'aventure ne durera pas.
L'Editorial Bruguera mettra toute son influence à entraver la diffusion de la revue et finira par ramener quatre des "dissidents" dans son giron, ceci afin de dissuader toute velléité de concurrence.

Paco Roca use d'un trait sobre d'une mise en page classique pour raconter efficacement cette histoire. Même s'il n'hésite pas à alterner différentes scènes, tantôt émouvantes, tantôt drôles, sans suivre la chronologie des événements, afin de présenter les points de vue des différents protagonistes et de leur entourage, la narration reste limpide et la mise en couleurs, qui varie en fonction des saisons, fournit un ancrage temporel au lecteur.
Un récit à découvrir aux éditions Rackham.

vendredi 27 juillet 2012

Tu n'es que poussière.

Du Fond de l'Enfer.

Les laboratoires NORCO (centre d'étude sur l'énergie), après la fermeture : une femme de ménage passe l'aspirateur. Un amas de poussière dans un recoin semble lui résister. Elle insiste, parvient à l'aspirer quand, subitement la pression à l'intérieur du réservoir de l'aspirateur est telle que l'appareil éclate, libérant une forme massive...

Peu de temps après, les frères Peters arrivent à l'entrée du laboratoire. L'ainé, Stuart, vient se faire engager. Son jeune frère, Jory, l'accompagne. Le vigile les persuade de revenir le lendemain car il est trop tard. Il dissimule un message de mise en garde dans un paquet d'allumettes à leur intention. Le véhicule parti, la forme mystérieuse réapparait et absorbe le malheureux gardien.


En dépit du message, Stuart revient et il est embauché par le docteur Block qui le présente aux autres membres de l'équipe. Les salariés de NORCO semblent tous porter un étrange boitier électrique, à l'exception du docteur Block. Le professeur Stéphanie Linden invite Stuart à pénétrer dans un long couloir dont chaque extrémité est fermée par un sas. Elle l'enferme et libère la créature retenue dans "l'Enfer", à l'autre bout du couloir. Stuart succombe à une crise cardiaque.

Il reparait pourtant bien vivant une semaine plus tard et rentre en ville pour congédier son jeune frère qu'il considère comme un fardeau. Ce dernier, ayant lié connaissance avec la belle Gaby Christian, refuse. Ils se disputent et Stuart choit dans la baignoire qu'avait remplie Jory. Il meurt électrocuté lorsque le boitier électrique qu'il porte sur lui entre en contact avec l'eau. La police ouvre une enquête. Le boitier s'avère être un pace-maker or Stuart était en excellente santé et rien ne justifiait qu'il portât un tel appareil. L'inspecteur Siroleo se rend à NORCO pour débrouiller l'affaire.

 Le SGT Thomas Siroleo confronté aux secrets de NORCO.

Il s'avère que le personnel (sur)vit sous la coupe du Dr Block qui contrôle la créature, une forme d'énergie vivante, sorte de génération spontanée qu'on ne peut que contenir à défaut de la détruire. Il a tué tous les membres du personnel lorsqu'ils ont cherché à éliminer le monstre et les a ensuite réanimé à l'aide de pace-makers qui lui donnent pouvoir de vie et de mort sur ses victimes. Pourtant, le Dr Linden se rebelle et refuse de livrer le policier à la créature. Block est mortellement blessé mais parvient à libérer le monstre. A l'extérieur, Jory est venu, accompagné de Gaby, dans l'intention de trouver des réponses...

 La très belle Barbara Luna interprète Gaby, idylle d'un personnage fallot. 

Un épisode qui vaut pour le monstre de l'épisode, un nuage de forme vaguement humanoïde qui produit son petit effet, pour la mise en scène qui joue admirablement des effets d'ombre et lumière pour créer une atmosphère de tension au sein du laboratoire et pour la qualité des interprètes, en particulier Ed Asner (l'opiniâtre inspecteur Siroleo) et Kent Smith (futur allié de David Vincent dans la série Les Envahisseurs, incarnant ici le Dr Block.) En revanche, le scénario accumule certaines invraisemblances (en dehors de la "génération spontanée") : la 2e apparition du monstre, libéré de l'Enfer où il est censé être confiné, pour éliminer le gardien trop scrupuleux, la facilité avec laquelle Block a ranimé ses complices involontaires, sans un mot d'explication sur ses miraculeux pace-makers et sur le moyen par lequel il peut contrôler ses victimes et la façon dont le monstre peut être contenu dans l'Enfer ("attiré par l'énergie ?")... En outre, les deux frères, "déclencheurs" de l'histoire ne sont guère intéressants.Un épisode prenant malgré tout.

Sources des images : http://laserieaudeladureel.free.fr/du_fond_de_lenfer.htm

mardi 24 juillet 2012

Rencontre du 3e brave type (© Jacques Fabry)

M'étant a moitié fait bouffer par un chien par un bel après-midi de 1972 (enfin, bel après-midi jusqu'à la rencontre avec le clebs), je me retrouvais au repos forcé (alité avec fièvre) et mes parents m'avaient acheté une BD pour me consoler.

Il s'agissait d'une publication Arédit, collection Pop Magazine : Glop.
Les auteurs des bande-dessinées ne sont pas crédités. Il s'agit probablement de tébéos (bandes-dessinées espagnoles).

Glop était un Martien.
Un petit bonhomme, rose, avec deux entonnoirs en guise d'oreilles, un troisième au sommet du crâne, et deux antennes sur la tête.
Il avait aussi une queue comme le marsupilami.
Il était tout nu, mais n'avait pas de sexe. C'était une publication pour enfants.
Il avait deux amis, Germain et Nestor : un blond binoclard et un brun à l'air niais. Banals.
Ensemble, ils vivaient des tas d'aventures, trouvaient des trésors dans des cités perdues en Amazonie ou dans l'espace.
Quand on possède une soucoupe volante, c'est plus pratique.
Or dans une histoire, nos héros se rendent dans l'espace et dans l'avenir... En l'an 2000 !

Comment les auteurs imaginaient-ils alors la conquête spatiale en l'an 2000 ?

© Arédit 1972
Vous reconnaissez la station ?
© Arédit 1972
Et la combinaison ?
 © Arédit 1972
Et le module ?


Hé bien, 28 ans avant l'An 2000, on imaginait la conquête de l'espace comme dans... 2001 l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick dont on pillait le visuel sans vergogne !
Un visuel sans rapport avec celui du vrai An 2000...

Le futur n'est plus ce qu'il était.

lundi 23 juillet 2012

Balles tragiques à Denver.






Bien entendu, le fait que le tueur puisse acheter une arme comme on achète une baguette de pain n'a rigoureusement rien à voir avec le drame...

(Sinon, je m'aperçois que je viens de passer le cap des 15 000 visites depuis l'ouverture du blog. Bon, Boulet fait ça chaque jour mais les petits ruisseaux font les grandes rivières...)

dimanche 15 juillet 2012

Lost in space (the end)

Fignolé un peu.
Version définitive.
Pour mémoire :

Version de départ.

Et version de base.

samedi 14 juillet 2012

Lost in space (again²)

Andrévon a suggéré quelques modifications du dessin initial. J'essaie d'améliorer.

lundi 9 juillet 2012

Au Diable Vauvert.

Nouvelle écrite pour le concours Mots Passants. Thème, au Diable Vauvert. Non retenue.


SANS ATTACHES.

Jean-Charles sentait son cœur battre plus fort tandis qu'il remplissait fébrilement le sac de sport, un sac de sport Adidas bleu, de liasses de billets. Il transpirait. Ses doigts poissaient. D'un revers de la manche, il s'épongea le front. Il devait se donner un minimum de contenance... « Après tout, ce n'est pas un vol, pensa-t-il, ... C'est mon argent ! » Devant lui, le coffre-fort de l'entreprise était grand ouvert.

Ils n'étaient que deux à en connaître la combinaison. Lui et monsieur Lepic, le comptable. M. Lepic était un homme gris au front dégarni et à la mine renfrognée. Il avait regardé Jean-Charles fixement à travers ses lunettes rondes de comptable lorsqu'il lui avait dit qu'il aurait besoin d'argent liquide. De beaucoup d'argent. Il avait avancé qu'il voulait récupérer une machine-outil d'une liquidation. C'était d'ailleurs une excellente affaire. Mais le vendeur insistait pour être réglé avec « du cash ». M. Lepic, comptable scrupuleux et homme avisé, n'appréciait pas trop ce type d'arrangement. Il avait objecté que c'était quand même une très grosse somme. Beaucoup d'argent pour une seule machine. Jean-Charles avait alors répliqué qu'il pouvait y avoir d'autres opportunités, que c'était l'occasion d'augmenter le parc de l'usine à moindre frais et puis que c'était quand même lui, Jean-Charles, qui décidait ! En attendant, l'argent serait en sécurité dans le coffre de l'usine. M. Lepic s'était donc incliné. Il savait qu'il n'avait plus son mot à dire. Il ferait une drôle de tête lorsqu'il découvrirait le coffre vide ! Et quand le découvrirait-il ? Peut-être lundi ? Ou mardi ? Jean-Charles, à ce moment-là, serait déjà loin.

L'atmosphère était lourde dans le bureau, malgré le grand et antique ventilateur fixé au plafond qui brassait paresseusement l'air. Une installation qui datait de son père, premier repreneur de l'entreprise familiale, créée par son grand-père, et dont lui, Jean-Charles, n'était que le falot successeur. Il avait beau se dévouer à son travail, il demeurait toujours dans l'ombre de ses prédécesseurs, mésestimé des cadres, détesté des employés, méprisé même par sa famille et, en particulier, par son épouse, une ci-devant qui lui avait mis la corde au cou parce qu'à l'époque il représentait un beau parti. L'idylle avait rapidement tourné court, et Jean-Charles avait bien vite compris qu'il servait surtout de tiroir-caisse. Elle aussi, elle allait faire une drôle de tête lorsqu'elle constaterait que les comptes en banque familiaux avaient été siphonnés. Tout comme Kevin et Michaël, leurs rejetons... Ces fainéants seraient enfin obligés de travailler pour gagner leur vie ! Eux qui avaient été infoutus d'achever leurs études. Fini l'argent de papa qui tombe tout cuit dans le bec ! Finies les couteuses voitures de sport qu'on cabosse à la sortie des boites de nuit ! Tous ces parasites qui suçaient sa vie jusqu'à la moelle, il allait les laisser loin, bien loin derrière lui !

La dernière liasse tomba dans le sac de sport Adidas bleu. Il referma la porte du coffre, fit glisser la fermeture-éclair du sac et regarda la pendule murale. La nuit était avancée. Personne ne le verrait partir sinon, peut-être, le veilleur de nuit qui regardait la TNT en douce au lieu de surveiller ses écrans. Enfin, il allait profiter de la vie et de son fric ! Plus d'ulcère, plus de crampe d'estomac, ni de nuit blanche à cause des impôts ou de l'U.R.S.S.A.F. Il éteignit la lumière et sortit de la pièce en claquant la porte.

Sur le bureau, deux gélules blanches tressautèrent dans un petit flacon de verre oublié là.

***
« Salaud ».

Sous la lumière crue du néon, le miroir renvoyait à Magalie une image peu flatteuse : elle avait les traits tirés, les yeux cernés et gonflés, des rides naissaient sur son front et des racines sombres pointaient sous ses cheveux trop clairs. Elle espérait juste que le fond de teint combiné à l'effet de l'arnica permettrait de dissimuler le bleu qui menaçait de se former sur sa joue enflée... Gérard avait la rupture brutale.

Quelle conne, elle-aussi ! Avait-elle besoin de lui annoncer en face que tout était fini entre-eux ? Sa réaction ne s'était pas faite attendre. Elle avait perdu en une fraction de seconde son amant, sa dignité et son travail. Ce n'était pas très malin de coucher avec son patron. Les conséquences d'une rupture pouvaient être funestes. La preuve. « No sex in job » comme on dit. Et, accessoirement, plus d'appartement. Quant à récupérer ce qu'il y avait dedans, il ne fallait même pas y penser : « tu repartiras comme t'es venue, ma salope : une main devant, une main derrière ! » Son désormais ex était aussi élégant dans ses propos qu'il était direct dans ses manières. « Positive ma vieille. T'as l'occasion de repartir à zéro. A quarante ans, ce n'est pas donné à tout le monde... » Elle eut un brusque éclat de rire, un rire amer qui ressemblait à un spasme, et sortit des toilettes de la station-service.

Elle regarda dans son sac à main les reliquats de sa vie d'avant. Un petit miroir fêlé, un peigne où s'accrochaient encore un ou deux cheveux blonds à racine sombre, un tube de rouge à lèvre entamé, un petit flacon d'arnica... Un bric-à-brac dérisoire à l'exception de son petit porte-monnaie rouge. Les quelques Euros qui lui restaient serviraient à payer le plein. Pour aller où ? Ses parents étaient morts et son demi-frère ne lui adressait plus la parole depuis des années. Quant à ses amis - des relations, en fait - elle les avait laissés derrière elle avec Gérard.

Elle eût subitement envie d'un café. Elle se dirigea vers la machine, commanda un cappuccino chimique, récupéra le gobelet et vint s'asseoir sur un tabouret à côté d'une table ronde, face à la vitre d'où elle regardait le pompiste s'affairer à l'extérieur. Elle se sentait comme dans une cage de verre, toute illuminée dans la nuit, exposée aux regards...

***

Farid travaillait de nuit à la station. Il était tout seul la plupart du temps. Cela ne le dérangeait pas. La station n'était pas très fréquentée et on envisageait même de supprimer la boutique et de le remplacer par des lecteurs de cartes magnétiques. Pour optimiser... Rentabilité oblige.

Farid travaillait pour une compagnie pétrolière française. Une grande multinationale au nom prestigieux. Une compagnie rentable. Son nom à lui, Farid, était moins prestigieux. Et il était moins rentable. Par contre, lui, il payait ses impôts en France... Mais ces considérations ne sauveraient pas son emploi. Il allait bientôt retrouver les files d'attente du chômage, à l'A.N.P.E. - Pôle Emploi, maintenant. Il doutait qu'on lui proposerait un poste pour le reclasser dans l'entreprise. Pas assez d'ancienneté. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était continuer son travail de nuit. Au moins, ça lui laisser le temps de rêver. Aux îles. Partir sur un voilier, son voilier, faire un improbable tour du monde...

Il acheva de faire le plein du véhicule de sa seule cliente de la nuit, puis il donna, par pure conscience professionnelle, un rapide coup de chiffon sur le pare-brise. Ensuite, il se retourna et la vit à travers la vitre... assise sur un tabouret, en train de siroter pensivement son café. Elle avait un drôle de regard, perdu dans le vide. Il marqua un temps d'arrêt et la fixa. Elle semblait abattue, abandonnée... Elle inclina alors machinalement la tête dans sa direction et leurs regards se croisèrent. Farid se sentit gêné et détourna les yeux, faisant mine de chercher quelque chose par terre.

Il s'apprêtait à rentrer quand des phares l'éblouirent, interrompant ses pensées...

***

Jean-Charles se maudissait : comment avait-il pu oublier de faire le plein ?! Mais quelle buse ! Avoir tout prévu, tout minuté... et oublier de vérifier le niveau de carburant !  Il pestait. Lui qui n'avait pas envisagé de s'arrêter si tôt. Hors de question de s'attarder. Il fallait mettre un maximum de distance entre lui et son domicile... Avant que son épouse commence à s'inquiéter de son absence. Ce serait bien la première fois, d'ailleurs, mais le sentiment de culpabilité le poussait à envisager le pire : le veilleur de nuit aurait soupçonné quelque chose, il aurait téléphoné chez lui, Lepic aurait été alerté à son tour, il serait venu immédiatement, il aurait ouvert le coffre et constaté le vol devant toute la famille réunie, et l'alerte aurait été donnée... Si ça se trouve, on le recherchait déjà !

Son imagination s’emballait. Il se calma. Heureusement, le jour n'allait pas se lever avant quelques heures. Il avait encore un peu de temps devant lui. Cette station était providentielle. Il recouvra un peu sa raison, s'arrêta devant la pompe à essence et vit le pompiste, un jeune gars d'une trentaine d'années, approcher...

C'était un Arabe ! Jean-Charles sentit une brusque sueur froide glacer son échine : «  Le sac ! Le cacher ? Non, le prendre avec moi ! » Jean-Charles saisit le sac de sport Adidas bleu et sortit vivement de son véhicule.

« - Le plein, monsieur ? » lui demanda le pompiste, maintenant très proche...
« - Oui, le plein » confirma Jean-Charles en s'esquivant en direction de la boutique, vers la lumière... Là-bas, il y aurait d'autres personnes... Pas question de rester tout seul avec ce type, il pourrait lui voler son précieux butin... Non, pas « butin ». Le « butin », c'est le fruit d'une rapine... Ce n'était pas un vol. Il n'avait fait que récupérer son argent. Avec les intérêts. C'est tout. Il marcha d'un pas décidé vers la boutique.

***

Magalie vit l'homme entrer brusquement dans la boutique, poussant la porte vitrée devant lui. Il transpirait beaucoup, il avait le visage rouge et Magali remarqua de grosses auréoles de sueurs sous ses bras. Il balaya la pièce du regard puis, sans lui prêter plus d'attention, il se dirigea vers les toilettes, emportant avec lui un sac Adidas bleu.

***

« Une bonne femme ! Il n'y a rien qu'une bonne femme dans cette station. Et un Arabe ! » se dit Jean-Charles. « Tu parles d'une faune ! » Il y avait aussi un voleur, mais cette idée ne l'effleura même pas. Il avança vers les lavabos. Bon Dieu, il n'était même pas armé ! Il fit couler un filet d'eau froide, s'en aspergea le visage et se regarda sous la lumière crue des néons. La culpabilité le rongeait, l’étouffait, lui comprimait le cœur...

L'attaque fut foudroyante ! Comme si tout le côté gauche de son corps était brusquement paralysé. Tétanisé, Jean-Charles essaya de se rattraper au rebord du lavabo. Il vacilla. Sa tête tournait. « Mes pilules » pensa-t-il... Alors il eut une vision. Dans une lumière blanche, ouatée, il vit ses précieuses pilules, deux petites gélules blanches, ovales, qui s'entrechoquaient dans un petit flacon de verre posé sur son bureau tandis que la porte de la pièce se refermait en claquant. « Décidément, j'ai tout raté. » Ce fut son ultime pensée. Il s'effondra brutalement sur le sol...

***

Lorsque Farid et Magalie se penchèrent sur lui, il était déjà trop tard. Jean-Charles était parti pour de bon, là où personne ne pourrait le rattraper. Mais il avait laissé son sac derrière lui. Le sac de sport Adidas bleu.

Ce sac, les gendarmes ne le retrouvèrent pas lorsqu'ils examinèrent la voiture de Jean-Charles, sortie de route, dans un fossé en contrebas de la voie. Il était probablement décédé au volant et avait perdu le contrôle du véhicule, concluait le rapport de gendarmerie. Aucune trace de l'argent détourné. Il n'était pas impossible qu'un rôdeur s'en soit emparé. De toute façon, l'entreprise de Jean-Charles serait bientôt en liquidation judiciaire. C'était une affaire entre assurances, Justice et avocats. Pas du ressort de la maréchaussée.

***

On pouvait refaire sa vie à quarante ans. Avec un petit pécule. Magalie avait bien l'intention de le prouver et de saisir cette nouvelle chance.

***

Farid avait attendu un peu avant de partir. Lorsqu'on lui annonça que son poste sautait, il s'était fait une raison, avait empoché sa prime de licenciement et s'en était allé sans un regard en arrière. Aujourd'hui, il contemplait le voilier qu'il venait d'acheter, grâce auquel il pourrait enfin poursuivre son rêve d'îles lointaines et de nouveaux horizons. Il ne l'avait pas choisi uniquement à cause de ses caractéristiques techniques mais aussi parce que son nom lui plaisait ; Un nom qui évoquait le départ, l'éloignement, la liberté... Le Diable Vauvert.

vendredi 6 juillet 2012

Rencontre du 3e sale type.

Au-delà du réel : l'invisible ennemi.

Une fusée se pose à la surface de Mars avec à son bord deux astronautes. C'est la première étape d'une exploration en vue d'une future colonisation. Bonne nouvelle, l'air de Mars est respirable. Mauvaise nouvelle, la planète est habitée. L'un après l'autre, les astronautes sont happés par une forme de vie hostile et... invisible.

Un petit pas fatal pour l'homme.

Deux ans plus tard, une nouvelle expédition est envoyée sur Mars dans le but d'établir les circonstances dans lesquelles la précédente expédition a été détruite et de découvrir la nature de l'ennemi. L'épave de la première fusée est découverte. Un des quatre membres du nouvel équipage l'inspecte mais disparaît à son tour. Deux autres astronautes se rendent sur place, un seul revient. Le retour de la fusée vers la Terre est programmé.

L'ennemi intérieur.

Néanmoins, l'un des survivants, le capitaine Buckley, veut découvrir ce qui se cache sous le sable. Il sort de la fusée et incite la créature à se dévoiler mais, se faisant, il transgresse les ordres. Le croyant en danger, son supérieur, le major Merritt sort à son tour et s'expose au danger. Il se retrouve piégé sur un rocher tandis que le monstre lui coupe la retraite... Or, la fusée doit redécoller dans le créneau imparti sinon les astronautes resteront coincés sur Mars. Il reste moins de 20 mn avant le départ...

Adam West avant Batman.

Un épisode réalisé par Byron Haskin, un habitué des films de science-fiction, avec Adam West, le futur Batman de la série psychédélique des années 1960. Le suspense repose sur la présence invisible de ce monstre tapi sous le sable et qu'on ne voit pas frapper. Peu à peu, le réalisateur dévoile son aspect. Un épisode assez réussi même si les effets spéciaux datent un peu. 

Source photos :  http://laserieaudeladureel.free.fr/linvisible_ennemi.htm

lundi 2 juillet 2012

Combattre le futur.

Au-delà du réel : L'homme qui n'est jamais né.

Au cours d'un vol spatial, l'astronaute Joseph Reardon est happé par une faille dimensionnelle qui le propulse deux cents ans plus tard sur une Terre désolée. Il découvre vite la cause de cette dévastation : un orgueilleux biologiste du XXe siècle, Bertram Cabot Jr, a réactivé un virus d'origine extra-terrestre, causant ainsi l'extinction de la quasi-totalité de l'espèce humaine et le déclin subséquent de la civilisation. Cette vérité lui est révélée par Andro, l'un des derniers humains survivants, mutant défiguré et conservateur de l'ultime bibliothèque de ce monde du futur. 

Andro, l'homme du futur... ou ce qu'il en reste.

L'astronaute décide de repartir avec Andro pour tenter de franchir le temps à rebours afin de conjurer le sort funeste qui attend l'humanité. Le phénomène se reproduit et la fusée traverse le temps en sens inverse... mais Reardon est effacé de la réalité et Andro se retrouve seul à bord. Il doit donc convaincre Bertram Cabot Jr d'abandonner son projet ou le tuer s'il refuse. Andro n'est pas un assassin mais la survie des hommes est à ce prix. 

Sous les yeux horrifiés d'Andro, Reardon est effacé de la réalité.

Il a l'avantage de pouvoir influencer ceux qui le regardent pour revêtir une apparence normale à leurs yeux. Un talent bien utile pour pouvoir prendre une chambre dans une pension de famille où  loge Noëlle Andersen, la future mère de... Bertram Cabot Jr ! Car Andro a remonté trop loin dans le temps :  Bertram Cabot Jr n'est pas encore né et Noëlle doit bientôt épouser son futur père. Un mariage qu'Andro est résolu d'empêcher.

La suggestion permet à Andro de revêtir l'aspect d'un homme séduisant.

Un épisode très noir et très réussi en dépit de quelques longueurs. Andro est interprété par Martin Landau, futur commandant Koenig de la série Cosmos 1999.

Source photos : http://laserieaudeladureel.free.fr/l'homme_qui_n'est_jamais_n%E9.htm

dimanche 1 juillet 2012

Lost in space

Bon, il va falloir que je le mette en couleurs maintenant et quelque chose me dit que je vais le regretter.

Rencontre au sommet

Dans l'album X-Men Lug n°6, Belasco, les X-Men sont reçus à la cour de Lilandra, l'impératrice du peuple Shiar. Le dessinateur Dave Cockrum s'amuse à glisser des clins d'œil aux films et séries de science-fiction des années 50-60.

© Lug/Marvel Comics (Merci à Michel du forum Buzz Comics pour le scan.)

Saurez-vous les reconnaître ?

Au premier plan, juste derrière le pied de Serval, on reconnaît...

Le martien de La Guerre des mondes de Byron Haskin. (1953)
Source image : http://patchworkman.canalblog.com/archives/2006/06/12/2071280.html 

Suivi de près par...

Le mutant de la planète Méta-Luna des Survivants de l'Infini.
(This Island Earth de Joseph M. Newman, 1955)
Source image : http://www.dvdbeaver.com/film/reviews/tie.htm 

Derrière lui, à sa gauche...

Un extra-terrestre en panne du film Le météore de la nuit (1953) de Jack Arnold sur un scénario de Ray Bradbury.
Source image : http://www.mondesetranges.fr/spip.php?article517

Derrière lui, mais à sa droite...

 Un Martien de Invaders from Mars dont Tobe (Massacre à la tronçonneuse) Hooper commit un remake dans les années 80.
Source image : http://www.ugo.com/filmtv/alien-survival-guide-invaders-from-mars

Et, enfin, plus à droite, 

L'extra-terrestre qui fait des misères au futur capitaine Kirk de Star Trek, William Shatner, dans l'épisode Main froide, cœur chaud de la 2e saison d'Au-delà du réel.
(Pour se détendre, Shatner prendra l'avion dans The Twilight Zone.)
Source image :  http://www.homevideos.com/outerlimits/ol34.htm (main)

Enfin, l'espèce de tête de tortue à long cou...

Provient du film Laserblast (1978), teen-movie de série B qui eut un certain retentissement... Aux États-Unis.
Source image : http://www.badmovies.org/movies/laserblast/

Voilà. On notera que Cockrum a poussé le vice jusqu'à ne faire aucune référence à Starwars (!) pourtant riche en aliens et franchisée Marvel à l'époque.


Guerriers du futur

Au-delà du réel, épisode Le Soldat.

La Terre du futur, ravagée par un conflit.

L'action démarre dans un décor apocalyptique : deux fantassins équipés d'armes futuristes s'affrontent. Soudainement, une explosion les projette dans une faille spatio-temporelle. L'un d'eux se matérialise à notre époque (enfin, en 1963). Il est capturé et interrogé par les autorités mais son langage demeure incompréhensible. Le philologue Ton Kagan parvient à établir le contact, il apprend son nom, Qarlo, et il est même prêt à l'accueillir chez lui, au sein de sa famille. Mais l'adversaire de Qarlo arrive à son tour sur Terre, et il est sur ses traces.

Le scénario d'Harlan Ellison nous annonce un futur particulièrement sombre, ravagé par la guerre. Les soldats y sont élevés en couveuse par l'État et uniquement dressés pour accomplir leur tâche : trouver l'Ennemi et le tuer.

Le récit vaut pour l'opposition entre l'humaniste Kagan et Qarlo, la bête de guerre qui s'humanise à son contact, au point de se sacrifier pour le protéger, lui et sa famille, de l'Ennemi.

Les effets d'ombre et de lumière composent des images saisissantes ce qui permet de compenser l'absence de couleurs.

Source des photos : http://laserieaudeladureel.free.fr/le_soldat.htm