vendredi 29 avril 2011

L'Homme Sans Visage. La Mort qui rampait sur les toits.

Résumé : Séraphin Beauminon, le détective, et Paul de Borrego sont chez Martine, la fiancée de ce dernier. L'Homme Sans Visage les espionne par le truchement de micros. 

Séraphin découvre le dernier micro que l'Homme Sans Visage a laissé chez Martine. Les trois compères s'isolent et Paul révèle que son oncle Maxime l'a cherché de retrouver un navire templier coulé dans un haut-fond. Il leur apprend que, bien avant Colomb, les Templiers avaient découvert l'existence du continent américain et en ramenaient de l'or. Il a retrouvé une clé conçue dans un alliage inconnu qui ressemble à de l'or. Séraphin décide de piéger l'Homme Sans Visage en lui faisant croire que Martine connaît le secret qu'il recherche, espérant l'attirer dans une souricière montée avec l'aide de la police.

La nuit même, la Femme, compagne de l'Homme Sans Visage, se glisse dans l'appartement de Martine pour l'enlever. Mais elle découvre que Séraphin l'a remplacée. Elle s'enfuit. La police finit par l'arrêter après une traque sur les toits ainsi que deux de ses complices, le Sacristain et la Futaille, faux infirmiers qui devaient emporter Martine droguée. Cette victoire aura coûté la vie à deux inspecteurs et à une civile innocente. Et elle est de courte durée : un commando de motards mené par l'Homme Sans Visage libère immédiatement les prisonniers. La Futaille a perdu ses gants dans l'opération. Devenant identifiable à cause de ses empreintes, l'Homme Sans Visage décide de le faire taire en le transformant en robot humain.

Paul reçoit la visite du professeur Petrie, un Anglais qui menait des recherches sur les Templiers avec le concours de son oncle Maxime. Paul décide d'utiliser la réputation du professeur Petrie pour appâter l'Homme Sans Visage : il fait annoncer la vente aux enchères des collections de son oncle à l'Hôtel Drouot, parmi lesquels des faux authentifiés par le professeur Petrie qui révèleraient la cachette du trésor des Templiers.

 © Terra films (Paris) et S.O.A.T. (Milan)
Le repère high-tech de l'Homme Sans Visage.
(Notez les machines à écrire dernier cri.)
On pense aux décors clinquants des méchants bondiens designés par Ken Adam...
Avec un budget moindre.

Un épisode qui baigne dans une étrange poésie où se mêlent le grotesque et le macabre (la vision de la main ensanglantée d'une victime de la Femme, tuée l'espace d'une ellipse, est particulièrement saisissante.) Franju apporte un grand soin aux scènes nocturnes se déroulant sur les toits de Paris, filmées dans une ambiance bleutée et irréelle qui évoque son Judex. On note une constante visuelle : lorsque l'Homme Sans Visage apparaît à a tête de son commando de motards, il porte une combinaison intégrale noire mais la couleur rouge de son casque le distingue de ses hommes. Les péripéties s'enchaînent : la souricière échoue (pourtant, le commissaire Sorbier reste en place après ce sanglant fiasco !) mais Paul tend déjà un nouveau piège tandis que l'Homme Sans Visage se montre impitoyable avec ses serviteurs défaillants... Nous sommes en plein roman-feuilleton, l'accumulation des rebondissements compensant leur invraisemblance. Le nom du Professeur Petrie est probablement une référence à l'un des adversaires du Dr Fu Manchu, savant fou inventé par Sax Rohmer, vedette de romans populaires et de serials dont les auteurs revendiquent la filiation.

On découvre un Paris différent d'aujourd'hui où subsistent terrains vagues et modestes maisons avec échoppes de petits commerces et où l'on entend résonner le cri des enfants qui jouent. Martine, la styliste, quant à elle, vit dans un quartier du centre, en cours de gentrification. On y entend le bruit des marteaux-piqueurs. Un Paris qui change. 
Cette opposition se retrouve avec le troquet pittoresque, Au Clairon de Sidi Brahim, qui sert de paravent aux activités de l'Homme Sans Visage, et son repaire sous-terrain, rutilant et moderne. Le bar est toujours désert à l'exception du patron taciturne et de deux hommes de main tapant le carton, les murs sont défraîchis, on y entend une musique de fond évoquant le bal musette, mais les éléments du décor dissimulent des trappes et le percolateur cache un tuyau dans lequel circulent les pneumatiques. Le centre de contrôle de l'Homme Sans Visage est équipé de téléphones, d'écrans de télévision, d'ordinateurs... Les murs, les meubles et les sols sont blancs et froids. Une ambiance minérale et high-tech digne d'un moderne Fantômas.

Gérard Croce (La Futaille) est un habitué des seconds rôles au cinéma.