samedi 24 mai 2014

Devine qui vient Visiter ce soir ?

Après le Marathon Le Visiteur du Futur sur France 4 la semaine dernière (diffusion des trois premières saisons tandis que la saison 4, Néo-Versailles, coproduite par Ankama et France Télévision, est disponible sur le net) je propose une reprise d'une interview réalisée il y a quelques années et postée sur l'ancien site superpouvoir.com avant le crash.



Jusqu'alors, la télévision française s'est montrée particulièrement frileuse dans le domaine du fantastique et de la science-fiction, surtout si on la compare à son homologue britannique. Il y a eu, certes, dans le passé (lointain) des réalisations honorables, voire intéressantes, mais les chaînes institutionnelles ont depuis préféré privilégier les comédies ternes et les polars familiaux. L'irruption des programmes courts, la banalisation du net et l'apparition de la TNT ont un peu changé la donne. Avec Kaamelot, Alexandre Astier a su fidéliser un public jusqu'alors difficile à atteindre. Le net fournit aux audacieux la possibilité de montrer leurs œuvres. Quant aux chaînes de la TNT, elles sont en quêtes de programmes mais ont peu de moyens...

Le Visiteur du Futur, créé par François Descraques, est donc une websérie, une série initialement conçue pour être diffusée sur le net, qui a ensuite été programmée sur No Life. Le jeune réalisateur et son équipe ont su composer avec le manque de moyens en valorisant l'écriture, le rythme, en allant à l'essentiel et, surtout, en faisant preuve de beaucoup d'enthousiasme.


François Descraques, vous êtes le créateur de la série Le Visiteur du Futur. Pouvez-vous en quelque mots résumer l'argument de la série ?

L'argument de base était de combiner de façon intéressante 2 de mes passions : la comédie (que je trouve souvent trop creuse) et la science-fiction ( que je trouve souvent trop sérieuse).


Qui sont les personnages ?

Au début, nous avons Raph, un jeune homme sans grande ambition qui se retrouve harcelé par un étrange Visiteur venant d'un futur apocalyptique. Puis d'autres personnages arrivent dans les intrigues : le Docteur Henry Castafolte, Judith, Mattéo, Stella etc...

Vous êtes-vous inspiré de la personnalité des acteurs ?

Oui en grande partie ou du moins j'ai essayé d'extrapoler une facette de leur personnalité car Mathieu Poggi (qui interprète Mattéo) n'est ni alcoolique, ni faible d'esprit mais il le joue très bien.  


Sont-ils partie prenante dans leur écriture ?

J'écris tous les épisodes seuls  mais on discute souvent avec les comédiens sur comment eux voient leur personnage. C'est important car je n'ai pas envie de leur imposer quoique ce soit qui ne leur semble pas naturel.


Au départ, les épisodes se présentent comme des sketches indépendants puis peu à peu une trame se dessine et l'histoire prend une cohérence.
Était-ce le but recherché au départ ? 
Les premiers épisodes n'étaient-ils que des ballons d'essais ?

Les trois premiers épisodes étaient basés sur une seule formule mais leur succès m'a fait remettre en question cet automatisme. Je me suis aperçu qu'il valait mieux surprendre le public pour qu'il continue de regarder la série. C'est ce qu'on a fait à partir des épisode 4,5 et 6 et on n'a pas arrêté depuis. Même la saison 2 dans son ensemble est très différente de la saison 1.


Même sous l'angle de l'humour, votre série manipule des thèmes de science-fiction complexes comme les paradoxes temporels, les univers parallèles ou les univers post-apocalyptiques.
Quelles sont vos sources d'inspiration ?

Je suis un grand fan de science-fiction en général. Ma plus grande source d'inspiration est Philip K Dick car il  voyait la SF surtout comme un moyen pour faire des métaphore sur notre monde. Mais j'aime aussi la SF qui fait rêver comme l'anime Cowboy Bebop ou le cycle de romans d'Hypérion. J'ai découvert Doctor Who assez récemment et je trouve ça très bon. Mais pour moi, la meilleure SF anglaise en série TV, c'est RED DWARF. Cette série marche aussi bien en tant que sitcom qu'en tant que pure série de science-fiction.


Pourquoi avoir fait le pari risqué de réaliser une série de science-fiction dans un paysage audiovisuel français aussi hermétique au genre ?

Pour moi, le plus grand intérêt d'une websérie, c'est de faire ce que la télé ne permet pas de faire. La comédie/SF, c'est exactement ce que je ne pourrai pas voir à la télé française et donc, je n'aurai pas de concurrence. Je pense que c'est aussi ça la raison de son succès auprès du public.  

Sur quels supports les premiers épisodes ont-ils été diffusés et quel accueil ont-ils reçus ?

La première saison a été diffusée sur la net avant d'être diffusée sur la chaîne de télé NOLIFE. A la fin de l'année, la saison 1 sera en vente en DVD  un peu partout grâce à Ankama.

La deuxième saison est nettement plus ambitieuse au niveau de l'écriture et des moyens.
Espérez-vous une diffusion plus large ?

Avec la deuxième saison, je voulais vraiment garder le meilleur de l'esprit websérie ( l'originalité, la liberté...) mais enlever ce qui donne une mauvaise réputation aux webséries ( surtout l'aspect technique rudimentaire). Du coup, même si on n'avait pas forcément plus de moyen que la saison 1, on a tout fait pour que la websérie ressemble à une vraie série TV (mais pas française).

Envisagez-vous de décliner la série sur d'autres supports comme la bande dessinée par exemple ? 

C'est en projet oui mais rien n'a été confirmé pour l'instant.


Merci pour tous ces éclaircissements et pour votre disponibilité.

La série.
Le Visiteur du Futur commence comme une comédie de situation (ou sitcom) : Raph (Raphaël Descraques), le jeune héros, reçoit la visite impromptue d'un voyageur (Florent Dorin – un acteur au jeu bergmanien tout en retenue et en non-dit, sauf ici) qui le met en garde contre un geste anodin, lequel aurait des répercussions cataclysmiques sur l'avenir - le fameux effet papillon qui veut qu'un événement mineur puisse déclencher une réaction en chaîne aux effets funestes. L'avertissement ne sera hélas pas entendu.



Si les premiers épisodes obéissent à cette règle répétitive, rapidement, François Descraques casse ce schéma et introduit de nouveaux éléments : Matéo (excellent Mathieu Poggi) et sa supérieure Judith (Justine LePottier, très convaincante dans son rôle de garce cynique et arriviste) de la Brigade Temporelle, le docteur Castafolte (hilarant Slimane-Baptiste Berhoun), un androïde persuadé d'être le modèle original, mais aussi un Visiteur du futur « alternatif », brutal et désabusé... La série évolue vers un récit de science-fiction, enchaînant retournements de situation, paradoxes, sauts temporels vers un monde futur souterrain peuplé de zombies, et brouille les pistes : parfois, on pense au Prisonnier car on n'est plus très sûr de savoir qui est qui et quelles sont ses motivations réelles. La comédie reste une composante importante du show mais elle n'est plus sa dominante tandis qu'on s'achemine vers un climax qui clôt en apothéose la première saison.
La deuxième saison est plus ambitieuse, les épisodes sont plus longs et le ton plus sombre. Ainsi, le présent a été réécrit, la Brigade Temporelle a été effacée, mais le monde du futur reste cauchemardesque. Le Visiteur et Castafolte décident donc de mettre en action un plan destiné à le transformer en agissant ponctuellement dans le présent. Ralph, qui est le seul avec eux à avoir conservé la mémoire des événements, se retrouve associé au projet, ainsi que Matéo et Judith dont la situation future et la personnalité ont changé. Malheureusement, le groupe est menacé par des dissensions internes et par un trio d'adversaires du futur, les Lombardi. Ces derniers redoutent une redéfinition de leur monde qui conduirait à leur effacement...
On peut voir les deux saisons sur le site officiel de la série :
http://www.levisiteurdufutur.com/
Mais aussi regarder d'autres réalisation de F. Descraques et de ses complices :
http://www.frenchnerd.com/



Bon visionnage.