lundi 30 juillet 2012

L'Hiver du dessinateur.


Très bon album de Paco Roca (catégorie, "roman graphique" donc même ceux qui ont honte de lire de la "bédé" peuvent le lire) qui retrace la tentative de cinq dessinateurs de talent de lancer une revue de bandes dessinées "autogérée" dans l'Espagne franquiste.

En 1957, le pays se remet de la Guerre civile et découvre la société de consommation. Mais la dictature s'exerce pesamment sur la vie quotidienne des Espagnols. La presse, même (surtout) enfantine, est censurée.
Être dessinateur chez l'Editorial Bruguera, qui tire jusqu'à un million d'exemplaires par semaine, c'est être assuré d'avoir des revenus modestes mais réguliers. 
Par contre, il faut accepter d'être payé à la tâche, d'abandonner ses planches et ses droits sur les personnages et d'illustrer des histoires soigneusement calibrées et surveillées par l'œil inquisiteur de Raphaël Gonzales, le directeur, qui annote les planches de ses collaborateurs avec un crayon rouge.
Las de ce régime, cinq dessinateurs, et non des moindres (Cifré, Conti, Giner, Escobar et Peñarroya, dessinateurs réalistes ou humoristiques), décident de lancer leur propre magazine, Tio Vivo, dont ils seront les propriétaires et les gestionnaires. 
L'aventure ne durera pas.
L'Editorial Bruguera mettra toute son influence à entraver la diffusion de la revue et finira par ramener quatre des "dissidents" dans son giron, ceci afin de dissuader toute velléité de concurrence.

Paco Roca use d'un trait sobre d'une mise en page classique pour raconter efficacement cette histoire. Même s'il n'hésite pas à alterner différentes scènes, tantôt émouvantes, tantôt drôles, sans suivre la chronologie des événements, afin de présenter les points de vue des différents protagonistes et de leur entourage, la narration reste limpide et la mise en couleurs, qui varie en fonction des saisons, fournit un ancrage temporel au lecteur.
Un récit à découvrir aux éditions Rackham.